Sénégal: Le modèle d’engagement des religieux en planification familiale présenté en Ethiopie

La religion musulmane ne constitue pas un frein pour la planification familiale, selon Moussé Fall, membre du Réseau islam et population. Cette organisation a présenté, dans le cadre de la troisième Conférence internationale d’Addis-Abeba, une communication sur l’engagement des leaders religieux dans la promotion de la planification familiale.

Au Sénégal, des religieux s’activent dans la promotion des questions de population et développement. C’est le cas du Réseau islam et population, une structure des organisations de la société civile (Osc) qui œuvrent pour le bien-être des femmes et au-delà, de la nation toute entière.

C’est à ce titre que ce rassemblement de religieux musulmans, à travers un de ses membres, prend activement part à la troisième Conférence internationale sur la planification familiale (Addis-Abeba, 12-15 novembre 2013).

Ainsi, lors de la session intitulée : « les Osc en Afrique de l’Ouest francophone se mobilisent pour le repositionnement de la planification familiale à travers différentes initiatives communautaires au Bénin, au Mali et au Sénégal », le religieux Moussé Fall a présenté l’expérience du Réseau islam et population dont il est le point focal au sein du projet Initiative sénégalaise de santé urbaine (Issu).

Sa communication portait sur « Les leaders religieux s’engagent dans la promotion de la planification familiale : cas de la mobilisation du Réseau islam et population dans les communes de Mbao, Dakar, Guédiawaye et Keur Massar ».

Selon M. Fall, la planification familiale ne peut être assimilée à la limitation des naissances. « C’est l’espacement des naissances qui est admis par l’Islam », informe-t-il, soulignant que « les religieux qui n’ont rien compris font de la confusion. Ils tendent à prendre la planification familiale pour la limitation des naissances ».

Moussé Fall estime qu’il faut opposer à ces religieux un argumentaire leur permettant de mieux saisir la nuance entre les concepts de limitation et d’espacement des naissances.

« Nous devons, par exemple, organiser des débats à leur intention pour leur expliquer ce que renferment ces deux notions, afin qu’ils puissent les comprendre ». Toutefois, il précise que « quand la santé de la mère est menacée, cette dernière peut bien recourir à la limitation des naissances ».

Les méthodes modernes plus sûres et plus efficaces

Aujourd’hui, des méthodes modernes de contraception (pilules, injectables, norplan, Diu, etc.) sont de plus en plus utilisées par les femmes pour éviter une grossesse.

Ce religieux sénégalais va-t-il au-delà des recommandations de l’Islam qui leur suggérait, quand elles voulaient éviter les grossesses rapprochées, d’allaiter leurs enfants pendant au moins deux ans ou aux maris de pratiquer le coït interrompu ?

Il répond par la négative, soulignant que si ces méthodes existaient à l’époque où ces recommandations étaient données aux femmes pour éviter une grossesse rapprochée, le coït interrompu, qui a pour principale fonction de barrer la route aux spermatozoïdes, n’allait pas être conseillé.

« Les méthodes modernes sont plus sûres et plus efficaces. Donc, si elles avaient été là à cette époque, certainement qu’elles seraient conseillées », explique Moussé Fall, informant qu’il fait souvent des prêches à la mosquée sur la planification familiale.

« Beaucoup de fidèles me connaissent pour mon engagement en faveur de la planification familiale. D’ailleurs, certains n’hésitent pas à m’appeler « Oustaze Pf », confie le point focal du Réseau islam et population au niveau du projet Initiative sénégalaise de santé urbaine (Issu).

Poursuivant, il déclare que le religieux doit savoir communiquer et aller au-delà du superficiel, en animant des causeries au profit des populations, avec pour objectif d’éclairer leurs lanternes sur certaines questions. « Le religieux doit également parler de planification familiale », pense-il, regrettant la position de ceux qui croient que les religieux engagés en faveur de la santé maternelle et infantile n’en tirent que profit.

« Certains religieux disent même que nous sommes financés par des Américains, que c’est parce que nous recevons de l’argent que nous menons ce combat. On nous jette toutes sortes de pierres, mais on porte des casques », se défend Moussé Fall, réitérant sa détermination à œuvrer pour que la population sénégalaise, constituée d’une écrasante majorité de musulmans (95 %), accepte la planification familiale.

« Nous avons mené des activités dans les communes de Mbao, Guédiawaye, Dakar et Keur Massar. Cette année, nous avons même été à Kaolack (Ndlr : région centre). D’ici peu, nous aimerions entendre les femmes dire que la religion ne constitue pas un frein pour la pratique de la planification familiale », projette Moussé Fall.