Promotion de la santé sexuelle et reproductive: L’Ucoz, leader de la planification familiale au Bénin

La Planification Familiale (PF) est la chose la mieux partagée dans le département du Zou, au sud du Bénin. Grâce aux actions de l’Union des communes du Zou (Ucoz), les acquis se consolident en faveur d’une meilleure santé sexuelle et reproductive, faisant du département le leader de la PF dans le pays.

Le département du Zou est une exception en matière de planification familiale au Bénin. Cette région multiplie les stratégies et les actions qui lui confèrent une image de marque dans le pays et à l’international. Son challenge, dépasser le taux de prévalence contraceptive national de 20 % d’ici à 2021. Les acquis relèvent du dynamisme des maires, à travers l’Union des communes du zou (Ucoz), sous le leadership de leur collègue de Bohicon, l’une des neuf communes que compte le département et située à 126 km de Cotonou.

« Le maire de Bohicon, Luc Atrokpo a compris que pour gagner le pari, il fallait promouvoir une dynamique d’ensemble de toutes les municipalités du Zou (Abomey, Agbangnizoun, Bohicon, Covè, Djidja, Ouinhi, Zagnanado, Za-Kpota,
Zogbodomey), explique le premier adjoint au maire de Bohicon, Isidore Agnoun Basso.

Atout majeur de ce regroupement des communes du Zou, le financement d’un montant de 155 millions de Fcfa dans le cadre du projet ‘’ The Challenge Initiative (TCI) ’’ de la Fondation Bill et Melinda Gates destiné aux grands centres urbains des pays en voie de développement. Cette enveloppe inclut le Bénin au rang des pays bénéficiaires du projet à savoir la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal. Dans le cadre de ce projet, la contribution de l’Ucoz est évaluée à 70 millions de Fcfa, dont 20 millions en espèces et 50 millions en nature. Une première dans l’exécution du projet TCI.

« Dans l’histoire des programmes de planification familiale, aucune municipalité n’a contribué avec ses propres fonds au financement des activités du projet », apprécie le coordonnateur pays du projet, Hugues Gnanhoui. Des campagnes d’offre gratuite des services de PF à l’organisation des journées dédiées à la PF, en passant par la mobilisation de la société civile et des autorités locales, religieuses et des crieurs publics, tous les moyens sont exploités pour maximiser les acquis en faveur du département, qui se positionne aujourd’hui au Bénin comme le pionnier dans le domaine de la planification familiale.

Les statistiques sont éloquentes. « Nous avons recruté 2044 nouvelles utilisatrices de la PF lors de la première campagne en 2017; 2500 au cours de la deuxième et 4000 lors de l’approche sur l’Identification systématique des besoins de la cliente (Isbc) », révèle le coordonnateur pays du projet. Avec ces chiffres cumulés, soit un total de 6710, la commune a dépassé largement l’objectif du projet qui vise à recruter 6417 nouvelles utilisatrices de la PF en un an. A cela s’ajoute l’organisation des journées spéciales dédiées aux campagnes de gratuité des méthodes. Dans ce cadre, l’Ucoz assure l’achat des produits contraceptifs pendant que la fondation Gates prend en charge le financement des consommables.

Le leader

Aujourd’hui, l’Ucoz a pris le lead en matière de promotion de la planification familiale au Bénin. Le département s’emploie à gommer la mauvaise image qu’il projetait jadis sur le plan de la santé sexuelle et reproductive. «Nous sommes constamment présents dans les écoles, les ateliers de formation professionnelle, les quartiers, les lieux publics… pour des communications de masse au profit des jeunes et des femmes », témoigne le 1er adjoint au maire de Bohicon.

Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance pour ce département, classé en 2017 2e du Bénin après les Collines ayant le taux de grossesses en milieu scolaire le plus élevé, soit 427 cas, et dont les indicateurs en matière de planification familiale étaient seulement de 8 % en 2012 et 11 % en 2017. « Nous avions enregistré beaucoup de cas d’avortements clandestins parce que la population n’était pas suffisamment informée », explique l’autorité communale. Ces pratiques relèvent désormais du passé. « Nous avons enregistré moins de 50 cas de grossesses en milieu scolaire cette année et le nombre d’avortements clandestins a connu une baisse », se réjouit-il.

L’Ucoz est à pied d’œuvre pour achever son plan de communication, qui permettra à toutes les communes d’augmenter leurs lignes budgétaires dans les budgets de 2020 au profit de la PF. A Bohicon, c’est un montant de 5.500 000 Fcfa qui a été alloué dans le budget de 2019 pour les activités de PF pendant que les autres communes du Zou ont prévu chacune un montant de  3 500 000 Fcfa, renseigne le service des Affaires financières de la mairie de Bohicon.

Autre marque de son engagement, l’Ucoz attribue spontanément des terres aux établissements et autres demandeurs dans le cadre de l’extension des activités de la PF. Le centre ‘’Amour et vie’’, érigé au sein du Collège d’Enseignement
Général 1 de Bohicon, pour satisfaire les besoins des élèves en matière de santé sexuelle en est un exemple palpable.

L’Union sait également que le développement du Zou passe par la qualité des ressources humaines. Cela l’est davantage pour les femmes, mères de l’humanité. Il est donc hors de question d’encourager les naissances si les familles n’en ont pas les moyens. C’est pourquoi, elle prône également la promotion des filles vierges jusqu’au mariage à travers des prix. Son souci est de renforcer ses actions au dernier trimestre de 2019 afin d’éradiquer le phénomène des grossesses précoces. Elle se donne les moyens de ses ambitions. « Nous éduquons les filles dans les collèges sur l’hygiène menstruelle et les comportements à risques à éviter sur le plan sexuel », renseigne le 1er adjoint au maire de Bohicon. Mieux, l’Ucoz s’appuie sur les nouvelles technologies afin de corriger les mauvaises perceptions sur la PF à travers des messages, des vidéos, photos et autres contenus pouvant les sensibiliser. « Nous travaillons à bannir les préjugés et les mentalités rétrogrades sur la PF sur la toile ; nous avons formé des jeunes dans ce cadre et avions mis en place un système de coaching pour maintenir une veille permanente », souligne-t-il.

Une affaire de tous !

Désormais, la planification familiale est devenue un sujet d’intérêt pour toutes les forces vives du Zou. Les communautés qui jadis s’y opposaient l’accueillent aujourd’hui à cœur joie.
« Nous travaillons à améliorer l’environnement d’acceptation de la PF et à faire comprendre son importance à nos fidèles », fait savoir le vice-président de l’Union islamique du Bénin, Labéka Assani, basé à Bohicon. Les moments de prières sont les instants privilégiés pour l’exercice. Le planning familial est enseigné comme une bonne nouvelle pour soulager les femmes et booster le développement local. « Nous notons un changement extraordinaire dans notre milieu grâce aux prêches que nous faisons. Nous profitons de nos séances de prières pour sensibiliser les femmes et leurs époux», confie-t-il.

Résultats : de nombreuses familles sont sorties de l’ignorance et des femmes soustraites des accouchements répétés et à risques. « Aujourd’hui, 70 femmes sur 100 rendent témoignages sur les bienfaits de la PF dans leur vie », assure-t-il.
En fait, la présence de l’Ucoz a permis de faire prendre conscience à beaucoup de gens. « Les actions de l’union nous ont permis de réaliser des avancées notables; elle nous a dotés des techniques d’introduction des notions de la PF dans nos séances de prières», apprécie-t-il.

La communauté musulmane n’entend pas fléchir. « Toute notre vie, nous travaillerons à la cause de la PF ; nous transmettrons la flamme aux prochaines générations », s’engage Labéka Assani au nom de l’Union islamique du Bénin. En attendant, des responsables musulmans assurent la veille en y impliquant systématiquement leurs propres Organisations Non Gouvernementales. Mieux, des rencontres périodiques sont organisées avec les imams des neuf communes du Zou afin de pérenniser les acquis au niveau de chaque localité.

Dans la chaîne des promoteurs du planning familial, les relais communautaires constituent des maillons incontournables. «Nous avons formé plus de 200 relais communautaires dans le cadre de nos projets », assure le coordonnateur pays TCI. Les concernés sont fiers d’être des ambassadeurs de la PF. Rosemonde Dakossi est au service de la formation sanitaire de Gnidjazoun, localité rurale située à environ 15 km de Bohicon centre. Sa journée commence le matin à 9 heures et ne se termine que lorsqu’elle a au moins recensé une nouvelle acceptante des méthodes modernes de planning. « Je ne me fatigue pas d’aller au sein de la même famille plusieurs fois tant qu’elle n’a pas compris et accepté mon message. Il m’arrive parfois de faire des visites à domicile la nuit. C’est le contrat que j’ai signé avec l’Ucoz dans le cadre du projet TCI», explique-t-elle.
Le cahier des charges de sa collègue Odile Agbaganmin est identique. « J’ai le devoir d’enregistrer au moins une quinzaine de nouvelles acceptantes de la PF par mois pour le compte de l’Ucoz », renchérit-elle. Ce qui fait davantage le bonheur de ces deux relais communautaires, c’est que « les femmes vivent mieux leur sexualité et sont épanouies en menant leurs activités génératrices de revenus ».

Satisfactions

Les langues se délient pour saluer le dynamisme de l’Ucoz. Valérie Bessanvi, commerçante et Adéline Akplogan, couturière, affichent un enthousiasme remarquable pour évoquer les bienfaits de la PF dans leur vie. « Je jouis davantage d’une indépendance pour mener à bien mes activités », confie Adéline, mère de quatre enfants.

Au départ, je devais choisir entre mener mes activités ou me consacrer uniquement à la maternité. J’ai désormais trouvé la solution pour mon épanouissement et l’équilibre de ma famille parce que j’arrive à éviter les grossesses trop rapprochées, se félicite Valérie, mère de deux enfants.  

A Abomey, commune située à environ 10 km de Bohicon, le planning familial a également conquis le cœur des époux. «Avec les nombreuses séances de sensibilisation et autres campagnes dédiées à la PF, les femmes viennent spontanément vers nous pour demander nos services, parfois même accompagnées de leurs maris », apprécie la sage-femme du centre de santé, Honorine Akpinfa. Elle note une nette amélioration des indicateurs. « Présentement, nous avoisinons l’objectif national de prévalence contraceptive de 20%, comparativement à 2017 où nous étions à moins de 12 %», se réjouit-elle.
Ici, les acteurs travaillent sans répit pour la cause de la PF. «Tous les jours, nous animons des séances d’information, d’éducation et de communication sur le planning familial au profit des femmes ; la planification familiale se porte bien dans le Zou », assure-t-elle.

En témoignent les nombreuses distinctions décernées au président de l’Ucoz, le maire de Bohicon, Luc Atrokpo, pour son engagement. Entre autres, sa décoration à la Conférence internationale de la PF à Kigali en novembre 2018 et plus récemment en juillet 2019 à la Réunion annuelle de TCI en Inde, où le coordonnateur pays du projet a reçu un prix pour le compte du Bénin aux côtés de  quatre autres pays où le projet est piloté.

Pour l’heure, les défis tiennent des activités orientées vers le plaidoyer, la généralisation de la demande et du renforcement de l’offre de service.
Mais une seule hirondelle ne fait pas le printemps. D’autres communes doivent lui emboîter le pas afin de permettre au Bénin de maximiser ses chances. Les villes de Parakou et d’Abomey-Calavi, s’inspirent déjà de cette dynamique. Celles qui traînent encore les pas ne devraient pas attendre de disposer de toutes les ressources nécessaires avant de s’engager. L’Ucoz l’a compris et se révèle une référence en la matière.

Maryse Assogbadjo

Publié le 01-09-2019 dans la nation Benin