Niger : Ouverture d’un planning familial dans la région la plus féconde

Niger

Avec en moyenne 7,6 enfants par femme et 13, 6 par homme selon l’INED, le Niger se place à la tête du classement des pays les plus féconds du monde. Mais depuis dix ans, il s’y déploie une politique volontariste considérable en terme de contrôle des naissances. En vue d’atteindre un but ambitieux : augmenter le taux de prévalence contraceptive moderne de 12 % à 50 % à l’horizon 2020.

Pour y parvenir, le ministère nigérien de la santé, dans le cadre de son plan national de Repositionnement de la Planification Familiale 2013-2020, a fait appel à Marie Stopes Niger. Une ONG, qui a débuté ses activités en 2014 et considérée aujourd’hui comme l’un des prestataires de services de santé sexuelle et reproductive les plus importants dans le pays. Marie Stopes intervient également dans 16 autres pays en Afrique notamment au Burkina Faso, Mali et Sénégal.

Un emplacement stratégique

Cette organisation vient d’ouvrir un centre de planning familial dans le chef-lieu de la région de Maradi, située au Sud, elle est la deuxième plus grande ville du pays.

Cette région occupe la deuxième place en termes de taux de natalité, avec 8,2 enfants par femme en moyenne, soit plus d’un point au-dessus de la moyenne nationale. Ce qui s’explique par le fait, que cette région, sur fond de pression sociale, a été longtemps hostile à toute démarche de planification familiale. Compte tenu de ces enjeux, l’emplacement du planning familial à cet endroit se révèle stratégique.

La majorité des femmes ne sont pas allées à l’école, donc elles ne connaissent pas l’importance de la planification familiale.
Hama Abdoulaye Habiba, jeune sage-femme

Ainsi, pour libérer les mentalités, 22 jours sur 30, une équipe mobile composée de relais et de sages-femmes, appelées Marie Stopes Ladies, sillonne les villages pour sensibiliser les populations à la planification familiale. Hama Abdoulaye Habiba, jeune sage-femme, en fait partie. Elle rapporte que « les femmes ignorent l’existence même des moyens de contraceptions ». « La majorité des femmes ne sont pas allées à l’école, donc elles ne connaissent pas l’importance de la planification familiale, explique-t-elle. Pour elles, dès qu’elles allaitent jusqu’ a un an, elles considèrent qu’elles peuvent accueillir une nouvelle grossesse.  Alors qu’elles doivent se reposer et l’utérus aussi doit se reposer. Elles n’ont pas l’information. C’est surtout ça qui manque. »

Mais les campagnes de sensibilisation portent le fruit. Les clientes sont plus nombreuses grâce à un travail intensif, cette sage-femme peut consulter en effet « jusqu’ à 20 clientes par jour maintenant ».

Si le mari n’est pas d’accord, on peut aller le voir pour lui expliquer qu’ elle ne met pas un terme définitif aux accouchements.
Hama Abdoulaye Habiba 

Une démarche menée non sans obstacles. Les époux étant les premiers à opposer un refus à tout usage de moyens contraceptifs. «  Si le mari n’est pas d’accord, on peut aller le voir pour lui expliquer qu’ elle ne met pas un terme définitif aux accouchements, clarifie Hama Abdoulaye Habiba. Elle va juste se reposer un temps puis après elle pourra encore retomber enceinte. C’est ce qu’on fait, on part voir son mari avec le major pour lui expliquer l’importance de la planification familiale, que les enfants arrivent par choix et non par surprise. »

Face à des époux récalcitrants, certaines n’hésitent pas à outrepasser le désaccord. C’est le cas de Mariama Mahamane. A 35 ans, cette mère de 8 enfants, dont le dernier est âgé de 5 mois, s’est rendue dans ce tout nouveau centre de planning familial pour se faire poser une contraception longue durée. «  J’ai décidé de venir chercher la contraception parce que je ne n’en peux plus du stress quotidien, du fait qu’on n’arrive plus à manger à notre faim, confie-t-elle. Si mon mari apprend que je suis ici, il ne sera pas content. »

Espacement des naissances plutôt que planification familiale

Pour convaincre les plus réticents, il a fallu également employer un vocabulaire plus rassurant. « Dans notre communication, nous parlons plus d’espacement des naissances que de méthodes de planification familiale, précise, Aladji Boni Sylla, responsable de l’antenne de Marie Stopes. Car à nos débuts, nous avons été confrontés à cette difficulté en raison des nombreux prêches contre les méthodes de planification familiale. »

Parler d’espacement des naissances a facilité l’installation au niveau de la région de Maradi. Petit à petit, la population a commencé à fréquenter le centre et au-delà dans la région, il y a « 300 à 400 femmes tous les mois qui prennent des méthodes de longue durée. »

Certes, il y a des personnes qui sont encore contre le planning familial dans ce village mais ils finiront par comprendre.
Laouali Bokoy, chef du village de de Dan Turke

« Aujourd’hui, avec nos équipes, en une semaine dans un centre de santé intégré, nous pourrons aller de 30 à 40 méthodes de longue durée pour un mois, poursuit ce responsable. Ce qui prouve que nous apportons beaucoup pour rehausser le taux de prévalence contraceptive au Niger. » Parmi ces moyens contraceptifs, les plus utilisés sont l’implant (pour 3 ans et pour 5 ans) et le stérilet (jusqu’à 12 ans). Et pour éviter que l’argent constitue un frein, toutes les méthodes sont gratuites.

Libérer les mentalités

Même les chefs de village prennent part à cette politique pro-active en matière de planning familial. Laouali Bokoy est de ceux-là. Il a pris « un engagement fort » en ce sens lorsqu’il s’est emparé, il y a cinq ans, des commandes du village de Dan Turke, situé à 45 km Maradi. « Certes, il y a des personnes qui sont encore contre le planning familial dans ce village mais ils finiront par comprendre, parce que les marabouts qui étaient contre auparavant sont aujourd’hui avec nous dans ce combat. »

Dans le centre de santé de village, les époux Abdoulaye patientent dans la salle d’attente. Tous deux sont d’accord pour l’administration d’un contraceptif longue durée. «  C’est avec l’autorisation de mon mari que je me suis rendue au centre de santé pour consulter et opté pour l’implant de 5 ans, raconte Zeinab Abdoulaye. Aujourd’hui nous avons accès à l’information alors le conseil que je peux donner aux autres femmes, c’est de convaincre leur époux, comme moi, pour qu’ils les laissent choisir librement

Un message fort pour ce pays, dont la moyenne d’âge n’excède pas les 15 ans, et qui se situe au tout début de sa transition démographique.

 Publié le 10 Déc 2017 sur TV5MONDE