La Côte d’Ivoire a l’un des plus forts taux de mortalité maternelle et d’avortement clandestin au monde (OMS)

En Côte d’Ivoire, le taux de mortalité maternelle est de 614 décès pour 100 000 naissances vivantes dont une part (18%) relève des complications de l’avortement clandestin. Des chiffres qui placent la Côte d’Ivoire au rang des pays ayant les plus forts taux de mortalité maternelle et d’avortement clandestin dans le monde. Plus de deux cents mille (200.000) femmes âgées de 15 à 49 ans ont recours tous les ans, à une interruption volontaire de grossesse, malgré son caractère illégal en Côte d’Ivoire, selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pour réduire donc ces risques liés à la santé sexuelle et reproductive, une organisation issue de la coalition de la société civile pour la santé pour la santé de la reproduction et de la planification familiale (AGnDR) a été mise en place en février 2019. Son objectif, faire la promotion des droits en santé sexuelle et reproductive conformément à l’article 14 du protocole de Maputo.

Toute interruption de grossesse effectuée en dehors du cadre légal défini par le pays de résidence de la femme est appelée avortement clandestin. Selon les spécialistes, les problèmes liés à ces taux alarmants sont basés sur les accouchements à domicile, les grossesses rapprochées ou tardives et surtout les avortements volontaires.

Cette forte prévalence aux avortements s’inscrit dans un contexte marqué par la précarité socio-économique et l’usage aléatoire des moyens de contraception, selon une étude socio-anthropologique effectuée dans les Districts sanitaires de Soubré et de Méagui par l’équipe du Pr Francis Akindès (Chaire Unesco de Bouaké, Université Alassane Ouattara), avec la collaboration du Centre Population et Développement de Paris et financé par Amplify Change.

Toujours selon, cette même étude, le sentiment de culpabilité, lié à la peur de la réaction du père et les représentations sociales autour des grossesses rapprochées (pour les femmes vivant en couple) sont à la base du choix de l’avortement. L’incapacité des jeunes filles d’assumer leur désir d’être parents en raison du déni de la grossesse par l’auteur et la volonté de maintenir le lien social avec sa famille, sont autant de raisons qui peuvent expliquer le recours à l’avortement par les femmes en Côte d’Ivoire.

Face à ces chiffres alarmants sur les pratiques de l’avortement clandestin en Côte d’Ivoire, la société civile n’est pas restée indifférente. Plusieurs organisations travaillant sur la thématique de la santé sexuelle et reproductive se sont regroupées en une coalition afin de mutualiser leurs efforts pour combattre l’avortement clandestin. Ainsi le 22 février 2019, l’Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) est portée sur les fonts baptismaux.

L’AGnDR en ordre de bataille contre les avortements clandestins

L’Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) a pour mission de conduire des activités de plaidoyer en faveur de la promotion des droits en santé sexuelle et reproductive en Côte d’Ivoire avec un focus sur la prise en charge complète et sécurisée des grossesses non désirées et à risques. L’organisation plaide également pour la prévention et la prise en charge complète et sécurisée des grossesses non désirées et à risque conformément à la législation en vigueur et selon, l’article 14 du protocole de Maputo.

Ainsi donc dans le souci de juguler voire éradiquer ces phénomènes qui mettent à mal la santé sexuelle et reproductive de la femme en Côte d’Ivoire, le groupe Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) s’est défini des objectifs.

Au niveau des grossesses précoces et à risques, l’organisation veut permettre à 120 millions de femmes et adolescentes supplémentaires d’utiliser la contraception d’ici à 2020. Tout en augmentant les ressources allouées pour les produits contraceptifs.

L’AGnDR souhaite également intégrer la distribution des produits contraceptifs par 4000 agents de santé communautaires.

En ce qui concerne la planification familiale, le groupe Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) a pour ambition de poursuivre l’augmentation des services de planification familiale dans les structures sanitaires publiques et privées afin de passer de 90,8% en 2017 à 100% en 2020.

Elle veut aussi accroitre l’accès des femmes vivant avec le VIH et les jeunes aux méthodes de planification familiale. Et renforcer l’ensemble de la chaine nationale d’approvisionnement en médicament pour accroitre la disponibilité des produits de la planification familiale.

Les actions menées par l’AGnDR

L’élaboration des messages d’information, de sensibilisation et d’explication des conséquences de l’avortement clandestin et la ratification du protocole de Maputo par l’Etat, aux différentes couches socio-culturelles, politiques et économiques et des utilisateurs des réseaux sociaux, ont été les points saillants de la première phase du plaidoyer de l’AGnDR. Les autorités ivoiriennes se sont montrées très ‘’réceptives’’ au plaidoyer de l’AGnDR dans la mesure où l’avortement n’était autorisé en Côte d’Ivoire que lorsque la vie de la mère était gravement menacée. Dorénavant et grâce au plaidoyer de cette coalition de la société civile, on note des avancées surtout au niveau de la grossesse issue des cas de viol qui est maintenant prise en compte.

En effet, une grossesse contractée à l’issue d’un viol, peut faire l’objet d’un avortement si la victime le désire. La loi en Côte d’Ivoire le lui permet.

En mars dernier, la deuxième phase des actions Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques a eu lieu avec une E-campagne qui visait à améliorer la communication sur l’avortement dans le pays sur les réseaux sociaux.

Pendant trois mois, plusieurs blogueurs ont mené sur Facebook et Twitter, des réseaux sociaux en vogue en Côte d’Ivoire, une campagne pour lutter contre les avortements clandestins en Côte d’Ivoire à travers un projet dénomme ‘’RESOnance’’. Ce projet a bénéficié d’un appui financier et technique de Pathfinder International, un organisme international qui évolue dans le domaine de la santé génésique, la planification familiale, la prévention et les soins du VIH / SIDA et la santé maternelle.

Faut-il le rappeler, le Projet RESOnance est exécuté dans trois pays, à savoir le Burkina Faso, la République démocratique du Congo (RDC) et la Côte d’Ivoire.

La planification familiale comme la panacée contre les avortements illégaux

30,5 % des femmes en union ne pratiquent pas la planification familiale et le taux de prévalence des personnes utilisant des méthodes contraceptives est estimé à 21,8% en Côte d’Ivoire.

Et pourtant, la planification familiale permet aux populations d’atteindre le nombre souhaité d’enfants et de déterminer l’espacement des naissances. Tout en évitant les grossesses non-désirées et partant des avortements clandestins. Elle consiste à utiliser des méthodes contraceptives et à traiter l’infécondité. Selon les chiffres du Ministère de la santé et de l’hygiène publique sur les données de planification familiale de 2016, 1. 210 000 femmes utilisent actuellement des méthodes modernes de contraception. L’utilisation de ces méthodes contraceptives a permis d’éviter cent mille (100.000) avortements à risques et 1 500 décès maternels ainsi que 313 000 grossesses non désirées.

Les différentes méthodes contraceptives sont notamment les pilules de contraception orale, les implants, les contraceptifs injectables, les patchs contraceptifs, les anneaux vaginaux, les dispositifs intra-utérins, les préservatifs, la stérilisation ou féminine, les méthodes d’aménorrhée lactationnelle, les méthodes reposant sur le retrait (coït interrompu) et la connaissance des périodes de fertilité.

Cependant, le concept de planification familiale suscite le plus souvent des rumeurs et des idées négatives. Selon certaines personnes, l’utilisation des contraceptifs en vue d’une planification familiale engendre l’infertilité féminine, l’avortement, le cancer et le changement de poids. Des idées que contredisent les spécialistes de la santé sexuelle et reproductive.

L’avortement clandestin est devenu un vrai phénomène de société qui suscite même un marché informel savamment entretenu par des mains obscures. Tabler sur son interdiction, serait donné un blanc-seing à tous ceux qui y voient un moyen de se faire de l’argent même sur la dépouille de celles qui s’y adonnent par peur des regards de la société. Il serait plutôt judicieux d’opter pour sa légalisation comme le préconise l’AGnDR dans son plaidoyer. Les autorités devraient y songer pour le bonheur de plusieurs milliers de femmes.

Frederic Goré-Bi

Publié le 20-07-2020 dans rti.ci