Introduction des cours sur la sexualité dans les programmes scolaires: Le juste milieu pour éviter d’autres dégâts

Faut-il introduire des cours sur la sexualité et la santé de la reproduction dans les programmes scolaires? Si le clergé catholique désapprouve l’option, les acteurs à divers niveaux soutiennent une approche visant à mieux outiller les apprenants.

L’introduction des cours d’éducation sexuelle et de la santé de la reproduction dans les programmes scolaires ne fait pas l’unanimité dans les rangs des acteurs à divers niveaux au Bénin. Si la problématique suscite des réserves et des craintes au sein des religieux, les initiateurs soutiennent plutôt une démarche visant à épargner aux apprenants des pièges et dérives sexuels.

La Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) « s’inquiète de l’introduction progressive dans le système éducatif béninois, des droits sexuels et reproductifs qui risquent d’encourager la permissivité sexuelle, la mentalité contraceptive et la diffusion de l’homosexualité ». Les acteurs se justifient : «L’idée est partie du fait que nos enfants passent beaucoup de temps à l’école qu’à la maison. Il était important d’assainir l’environnement dans lequel ils passent plus de temps et aussi de renforcer les capacités des enseignants qui ont la charge de leur éducation, afin de leur permettre d’avoir un comportement adéquat face aux questions de sexualité », défend Christelle Assogba Maillard, présidente de l’Association pour l’éducation, la sexualité et la santé en Afrique (Apessa).

L’idée de l’introduction des cours d’éducation sexuelle dans les programmes scolaires au Bénin ne date pas d’aujourd’hui. Pendant longtemps, les Ongs et activistes des droits des enfants et des adolescents avaient milité en faveur d’une telle démarche. En tenant compte notamment des phénomènes récurrents des grossesses précoces en milieu scolaire.

En 2017, ce phénomène avait atteint un niveau jusque-là jamais connu au Bénin. Chaque département s’est négativement illustré avec des statistiques peu enviables. Selon le document publié par les services du ministère de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle, l’année scolaire 2016-2017 a enregistré au total 2763 cas de grossesses sur 301 821 filles inscrites. Pour le compte du premier trimestre 2017-2018, le département de l’Atacora avait affiché environ 90 cas de grossesses, le Borgou 111 cas et le Couffo, 51. N’eussent été les mesures prises par le ministère de l’Enseignement secondaire pour arrêter un tant soit peu la saignée, des dizaines d’autres victimes auraient déjà gagné les rangs des filles mères en ce premier trimestre de l’année scolaire 2018-2019. Une note dudit ministère prévoit de lourdes sanctions disciplinaires contre les auteurs.
Autant de situations qui ont motivé les acteurs à opter pour l’introduction de l’éducation sexuelle dans les programmes scolaires. Avec comme boussole un guide national de conduite du dialogue parents-enfants en matière de sexualité et de santé de reproduction.

Besoin de notions adéquates

Lorsqu’on considère les dégâts sociaux qu’engendrent la sexualité précoce, la sexualité en milieu scolaire et les phénomènes des mariages et grossesses précoces, on pourrait bien apprécier la formule visant à introduire les notions d’éducation sexuelle dans les programmes scolaires. Sans oublier aussi le fait que les apprenants sont aussi assoiffés de ces notions pour éviter les comportements déviants. Les adolescents et jeunes semblent plus actifs sexuellement aujourd’hui, et de plus en plus tôt, mais ne sont pas outillés pour autant. Ils ont besoin des notions adéquates pour une sexualité sans danger. Du moins, pour les plus conscients.
« Les notions qu’on reçoit en matière de santé sexuelle et sur les méthodes de contraception ne nous permettent pas de mieux comprendre le sujet. Il serait bon que nos professeurs nous en parlent davantage », souhaite Murielle A., 16 ans élève en classe de 3e. Pour elle et ses camarades, les grossesses en milieu scolaire sont une menace pour les filles.

La plupart d’entre elles sont obligées d’abandonner les classes. Mères prématurées, elles sont vulnérables et réduites aux souffrances psychologiques, morales physiques et confrontées aux difficultés financières. D’aucuns diront qu’un enfant ne fait pas d’enfant.

Toutefois, certains ordres religieux ne sont pas de cet avis. Parler de sexualité aux adolescents et jeunes, n’est-ce pas une manière d’encourager encore le phénomène? N’est-ce pas une manière d’attirer plus leur attention sur la sexualité précocement? Etant donné que les enfants sont aguerris sur les notions relatives à la sexualité, en s’y intéressant davantage, ne pourraient-ils pas s’adonner à des pratiques malsaines?

Considérer les tranches d’âge

Pour certains acteurs de l’éducation, « quand on remet une arme à un enfant, il apprend à l’utiliser et risque de tirer à balle réelle». Leur point de vue conforte la réticence du prélat béninois qui s’est prononcé sur le sujet. La démarche ne les rassure pas. La Conférence épiscopale du Bénin perçoit à travers l’introduction des droits sexuels dans le programme scolaire au Bénin la «diffusion de l’homosexualité ».

Les activistes se défendent: « C’est comme si le parent se couvre avec un drap blanc transparent et voit au travers. Aujourd’hui, les enfants ont déjà l’information dans la rue. Mais le fait d’en parler va changer la qualité de l’information qu’ils ont et la source de recherche de solutions», soutient Christelle Assogba Maillard, présidente de l’Apessa.

Pour sa part, la Ceb mise surtout sur l’affection. Elle invite « tous les parents d’élèves à la vigilance et les responsables de l’enseignement catholique et de la catéchèse à mettre dans les meilleurs délais, à la disposition des familles et des structures éducatives, les manuels appropriés pour une bonne éducation affective ».  L’introduction de la sexualité et de la santé de la reproduction n’est pas une si mauvaise approche en soi, mais il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. S’il faut aborder les notions d’éducation sexuelle avec les enfants, la question est qu’il faut déterminer la tranche d’âge à laquelle les divulguer, afin de ne pas ouvrir la voie à la dépravation. La problématique reste entière.

Maryse ASSOGBADJO

Publié le 02-11-2018 dans la nation Bénin