Innovations en planification familiale : Le Sénégal présente son modèle Partenariat public-privé de distribution des contraceptifs

Réunion annuelle

Pour atteindre les objectifs fixés en 2020, les pays de l’Afrique de l’Ouest francophone sont invités à élaborer des stratégies novatrices porteuses. Le Sénégal qui a initié un modèle de Partenariat public-privé dans la distribution de produits contraceptifs a partagé son expérience lors de la 6ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou.

Les 9 pays francophones de l’Afrique de l’Ouest membres du Partenariat de Ouagadougou (Po) (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo) se sont engagés, d’ici à 2020, à augmenter leurs faibles Taux de prévalence contraceptive (Tpc). Dans ce cadre, différentes initiatives sont prises depuis 2011, année de mise en place de ce mouvement, pour faciliter aux femmes qui le souhaitent l’accès aux informations, aux services et aux produits contraceptifs. Cela a permis de recruter de nouvelles femmes additionnelles. A titre illustratif, entre juin 2016 et juin 2017, 383.000 femmes ont été enrôlées dans ces pays. Entre autres acquis, l’élargissement de l’accès à la planification familiale a permis d’éviter, en l’espace d’un an, 100.000 grossesses non désirées, 32.000 avortements à risque, etc.

Mais, les efforts fournis dans ces Etats sont encore insuffisants dans la mesure où les Tpc restent encore bas, les ruptures de contraceptifs fréquentes, le nombre d’enfants par femme encore élevé, de même que le nombre de femmes qui veulent faire la planification familiale mais qui n’ont accès ni aux services ni aux méthodes contraceptives. Pour résoudre ces manquements, les pays du Partenariat de Ouagadougou doivent innover et accélérer afin d’espérer atteindre les objectifs d’augmenter les Tpc qu’ils ont volontairement pris. Cette thématique a d’ailleurs été, hier, au menu d’un panel de la 6ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou (Conakry, 12-14 décembre 2017).

Le Sénégal qui a été leader pendant la première phase (2011-2015) de mise en œuvre du Po, en réussissant à enregistrer des gains de 4 points pendant deux années consécutives, a partagé son expérience de Partenariat public-privé dans la distribution des produits contraceptifs. Ce modèle de distribution est considéré comme une stratégie majeure de pérennisation pour atteindre les objectifs en 2020. « Le projet Informed push model (Ipm), testé dans deux districts sanitaires, a donné des résultats spectaculaires. Initié par Intrahealth international, la Fondation Bill et Melinda Gates et Merck, le ministère de la Santé a décidé de l’étendre aux autres structures sanitaires », a rappelé Dr Oumar Sarr, directeur de la Santé de la Mère et de l’Enfant au ministère de la Santé et de l’Action sociale. Selon lui, le Sénégal a voulu passer à l’échelle ce modèle jusqu’aux Points de prestation de services (Pps). C’est ainsi qu’entre 2013 et 2015 toutes les 14 régions du Sénégal ont été couvertes à travers 76 districts sanitaires et 1.375 Pps. C’est pourquoi l’objectif d’intégrer ce projet dans le système de distribution des médicaments au Sénégal a été matérialisé avec la stratégie « Yeksina » (je suis arrivé) de la Pna (Pharmacie nationale d’approvisionnement). « Au bout de 38 mois de mise en œuvre, on a eu des résultats spectaculaires avec une disponibilité de l’ordre de 100% et des ruptures de moins de 2% », a expliqué M. Sarr, estimant que ce modèle de Partenariat public-privé est bien une innovation aussi bien au Sénégal que dans la sous-région ouest africaine.

Pour cette raison, Oumar Fall de Merck a annoncé qu’ils sont en train de voir comment divulguer ce modèle dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest où, selon lui, l’estimation des besoins pose beaucoup problème. « C’est pourquoi l’on a mis en place un projet pour collecter des données de qualité basées sur une bonne estimation », a-t-il explicité tout en révélant avoir piloté un programme de renforcement des capacités dans tous les pays du Po.

Publié le 14 Déc 2017 sur Le Soleil