De bons résultats chez les jeunes et les religieux, Safietou Diop, Présidente de la COSC/PF-Sénégal

Mme Safiétou Diop, présidente de la Coalition des Organisations de la Société Civile du Sénégal pour le repositionnement de la planification familiale (COSC/PF) parle dans cet entretien des succès de son organisation, notamment chez les jeunes et les leaders religieux.

Tous les résultats obtenus sont comptabilisés par la Coalition qui se prévaut d’un apport dans le taux de prévalence contraceptive aujourd’hui situé à près de 27%, selon la dernière Enquête Démographique en Santé (EDS), a-t-elle dit.

Ces résultats sont le fruit de la mobilisation des femmes bénéficiaires, des jeunes, des communautés, des collectivités locales, des leaders d’opinion, des leaders religieux pour susciter la demande.

Il faut également noter dans le cadre de la stratégie deux aspects importants, selon Safiétou Diop. «C’est d’abord l’organisation des jeunes avec la mise en place des Jeunes Ambassadeurs de la PF pour rassembler l’ensemble des associations de jeunes sensibles à la problématique», a-t-elle expliqué.

« C’est à travers la stratégie de l’éducation par les pairs que nous pouvons réussir l’intégration de la jeunesse dans le cadre de la santé de la reproduction. La stratégie visant les religieux a été très appréciée avec des résultats satisfaisants », a dit la Présidente du COSC/PF. En effet, dans une société avec ses valeurs et sa culture constituée de communautés de foi, a-t-elle dit, la coalition a détecté très tôt qu’il était essentiel  de les intéresser à l’objectif, aller vers eux et les convaincre de rallier la cause.

Les textes aussi bien en islam qu’en christianisme, a ajouté Mme Diop, tels qu’interprétés par les pourfendeurs, peuvent être défavorables au relèvement de la PF.

Il fallait ainsi « gagner le pari d’avoir des religieux qui interprètent dans le véritable sens des textes et nous l’avons gagné de fort belle manière puisqu’à l’état actuel, c’est l’un des grands succès de la Coalition ».

En effet, l’Alliance des religieux pour la PF a été installée récemment ; elle est constituée aussi bien d’imams, de chefs religieux que de membres du clergé catholique. Un plan d’actions va être mis en place avec une vision, des missions  et des axes de travail pour soutenir la santé de la reproduction en général et en particulier celle des jeunes et des ados (SRAJ). Cela n’était pas donné du tout au départ.

« Ce n’est qu’une bataille remportée dans la guerre que nous devons mener pour l’acceptation de la PF et faire en sorte que toutes les familles religieuses puissent parler le même langage et aller vers un prêche favorable à la PF », a-t-elle souligné.

Pour Safiétou Diop, il y a des barrières socioculturelles d’où l’importance de faire la sensibilisation des religieux et travailler à leur enrôlement et à leur participation à la campagne. « Ce n’est pas simple puisque ce sont des croyances très ancrées qui ne sont pas issues de la religion mais de la tradition africaine ou de l’Arabie anti-islamique », a t- elle relevé.

La question de la mobilisation des ressources reste également un défi à relever pour la Coalition. « Cela n’a pas été facile puisque tout ce qui a été promis pour mener les actions sur le terrain, n’a pas été fait en plus des difficultés pour trouver des partenaires qui s’intéressent systématiquement au financement de la santé  de la reproduction, outre l’USAID et l’ACDI », selon  Safiétou Diop.

Toutefois, il y a eu un engagement certain de la part des maires et des élus locaux, mais la contrainte à ce niveau c’est la non prise en compte de la santé de la reproduction dans la nomenclature budgétaire.

D’où la nécessité de travailler à lever cette contrainte liée à la législation et la réglementation. C’est l’un des objectifs de plaidoyer en perspective qui va être adressé à l’Assemblée nationale en direction du ministère de l’Economie et des Finances. Ce ministère doit travailler à faire en sorte que la nomenclature budgétaire vise spécifiquement la question de la santé de la reproduction.

En termes de perspective d’actions pour la Coalition, il y a également la loi sur la santé de la reproduction votée en 2010 mais qui n’a jamais eu de décrets d’application.

Là aussi, la Coalition a déjà mené un « fort plaidoyer avec toutes les organisations membres sous l’égide du Réseau Siggil Jiggen ». Une proposition de projet de décret a été même élaborée dans le sens de booster l’application de la loi  sur la santé de la reproduction pour libérer les énergies et les ressources vers l’atteinte de l’objectif de 45 %. Cela en mettant en avant ce qui est communément appelé « 3D » : la démocratisation, la démédicalisation et la décentralisation. Malheureusement, a-  t-elle reconnu, cela n’a pas abouti jusqu’à présent et le projet de décret est toujours sur la table du décideur.

Il faut reprendre le travail pour, en 2019, achever cette loi. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale qui en a besoin dans le cadre de l’atteinte des objectifs en matière de santé reproductive.

Adama Diouf LY