Capture du dividende démographique : «Le Bénin est encore bien loin»

Ville de Cotonou

La capture du Dividende démographique est un enjeu de développement des pays, et la révolution contraceptive se révèle un pilier pour la réaliser.

Dans une interview qu’il nous a accordée, le géographe, spécialiste des questions de Populations et Dynamiques Urbaines, Tobias A. Koffi Gbaguidi, Coordonnateur de l’ONG Racines, nous parle des liens entre Dividende démographique et Planification familiale. Aussi, démontre-t-il que « le Bénin est encore bien loin de bénéficier de ce dividende démographique », et il fait des suggestions à propos.

Sur les questions de développement, il y a un concept qui est désormais beaucoup exploité. Il s’agit du « dividende démographique ». Qu’est-ce que c’est ?

Le dividende démographique est l’ensemble des possibilités de croissance économique pour un pays, en raison de l’accroissement de sa population active (en âge de travailler), combinée à la réduction de sa population inactive (très jeune ou trop vieille pour travailler). Le dividende démographique s’entend donc par une croissance économique rapide, résultant des changements intervenus dans la structure en âge de la population d’un pays, dus à une baisse de la fécondité et de la mortalité.

Quels sont les principes ou éléments clés du dividende démographique ?

En parlant de dividende démographique, il faut prendre en compte trois (3) éléments fondamentaux :

  1. a) La croissance économique, c’est le but et l’objet même du dividende démographique, ce qui a pour corollaire l’augmentation du revenu par habitant.
  2. b) La baisse de la population inactive, c’est-à-dire les personnes trop jeunes (enfants) et trop vieilles (personnes du 4e âge). Ces catégories de populations sont vulnérables et demandent beaucoup de dépenses, sans pour autant être en mesure de contribuer à augmenter la richesse nationale.
  3. c) L’augmentation de la population active (personnes en âge de travailler). Cette catégorie de la population est celle qui contribue à augmenter la richesse nationale, et par conséquent impulser la croissance économique.

Lorsqu’on a dans un pays, une augmentation de la population active couplée avec la diminution de la population inactive, ce dernier bénéficie tout naturellement du dividende démographique, à partir des possibilités de croissance qui s’offrent à lui, pour booster son économie.

Ce concept revient souvent dans des réflexions sur la Planification familiale. Quelle est la relation entre le dividende démographique et la planification familiale ?

Pour que les pays puissent bénéficier du dividende démographique, ils ont besoin de faire des investissements qui conduisent à avoir une plus petite population en âge scolaire, et une plus grande population en âge actif. Ces investissements conduiront à la mise en œuvre de politiques visant :

  • L’espacement des naissances et le planning familial : aider les femmes à choisir quand et combien d’enfants elles souhaitent, grâce au planning familial, est au cœur de la baisse de la fécondité et de la réalisation de ce changement nécessaire à la structure de la population.
  • La survie de l’enfant. Les investissements dans la protection de la santé des enfants, sont essentiels pour établir un désir pour des familles de plus petite taille, surtout dans le contexte africain où on a encore tendance à penser que la richesse se mesure au nombre d’enfants. Plus l’enfant a de chances de grandir, plus il y a de dépenses pour les parents et moins ils auront envie d’avoir d’enfants.
  • L’éducation des filles. Près du quart des jeunes filles en Afrique (excluant les pays nord-africains), interrompent leur scolarité en raison d’une grossesse non désirée. L’éducation, surtout pour les filles, joue un rôle essentiel dans la baisse de la fécondité. Quand les filles restent à l’école plus longtemps, elles sont moins susceptibles de se marier et d’avoir des enfants à un jeune âge. Les filles ayant une éducation secondaire, ont des enfants plus sains et moins nombreux. De plus, plus les filles vont à l’école, plus leur espérance de revenu est élevée. Une seule année d’éducation supplémentaire chez les filles, au-delà de la durée moyenne, augmente leurs salaires ultérieurs de 10 à 20%. Ainsi, le revenu moyen par tête s’accroit, ce qui favorise le dividende démographique.

Quelle est la situation au Bénin ou si vous voulez, le Bénin bénéficie-t-il du dividende démographique ?

La situation au Bénin en la matière n’est pas du tout reluisante. On peut même affirmer avec Monsieur Siaka Coulibaly, Coordonnateur résident du système des Nations Unies au Bénin, que les signaux du côté du Bénin virent au rouge. En effet, plus de 41% de la population béninoise a moins de 15 ans, et les 2/3 des Béninois sont jeunes. Le pays enregistre encore un taux de fécondité assez élevé, qui ne donne aucune chance au Bénin d’affronter de façon pérenne le défi de la pauvreté, et par conséquence d’espérer bénéficier du dividende démographique. « La situation de précarité va s’aggraver si rien n’est fait. Il faut agir dès maintenant ». Le Bénin est donc encore bien loin de bénéficier de ce dividende démographique.

Que faut-il faire ?

Il faut agir tout de suite et maintenant, en prenant des mesures courageuses allant dans le sens de la maitrise de la fécondité, mais aussi de l’amélioration des conditions sanitaires pouvant favoriser la survie des enfants. Il faut également mettre en place des politiques volontaristes pour renforcer la formation technique et professionnelle de la jeunesse, et l’orienter vers les créneaux porteurs afin de créer le plein emploi, source de richesse.

Blaise Ahouansè

Publié le 02-01-2017 dans La Nouvelle Tribune