Campagne de sensibilisation sur la planification familiale : Un bilan satisfaisant malgré les réticences

La caravane de presse organisée dans le cadre de la campagne de sensibilisation dénommée « 100 jours pour convaincre sur la planification familiale », qui a débuté le 23 juin 2018 dernier dans le Nord du Burkina, s’est achevée par la région du Centre-Est. Pour cette dernière étape, les caravaniers ont visité des communes comme Garango, Béguedo, Boussouma, Dialgaye et Gounghin.

Dans les communes de Dialgaye et Gounghin, le taux de contraception est faible et cela est dû à la forte croyance religieuse de la population, à majorité catholique, qui préfère l’utilisation des méthodes naturelles. « En 2017, le taux d’utilisation des méthodes contraceptives était de 13, 8% pour une cible de 30% au niveau national. Mais nous espérons, cette année, atteindre les résultats surtout avec cette campagne que le projet SWEDD a entamée, et nous continuerons le travail jusqu’à atteindre les résultats.

Les facteurs de ce faible taux d’utilisation des méthodes contraceptives sont liés en partie à la religion. En effet, la majorité de la population de Koupéla est catholique. Or l’Église catholique n’approuve que l’utilisation des méthodes naturelles. Mais à travers cette caravane, (…) nous continuerons à faire des plaidoyers pour que le message soit entendu et que la population adhère aux objectifs que le Burkina s’est fixé », a confié Mohamed Guinko, Médecin-chef du district sanitaire (MCD) de Koupéla.

À Gounghin également, c’est ce qui est ressorti comme raison pour justifier la faible adhésion à la planification familiale. Mais pour ce qui est des communes de Garango, Béguedo, Boussouma, le constat est tout autre. Dans ces villes, il n y a pas assez d’adeptes des méthodes contraceptives modernes, à cause de la forte migration des hommes vers les pays comme l’Italie, le Gabon et la Lybie.

« La plupart des femmes qui habitent ces zones sont des femmes dont les maris sont partis à l’aventure ; ce qui fait que les méthodes contraceptives ne sont pas beaucoup utilisées dans la commune. Souvent, il y a des hommes qui laissent leurs femmes pendant des années sans revenir. Vous comprendrez qu’une femme qui a son mari à l’extérieur ne peut pas prendre de méthodes contraceptives car les familles et les proches ne verront pas cela d’un bon œil », a justifié le MCD de Garango, Mahamoudou Kagoné.

À Boussouma c’est le même son de cloche. Xavier Guiguemdé, Infirmier-chef de poste (ICP) du district sanitaire de Boussouma, nous a dépeint la même situation : « Les femmes ne participent pas à la planification familiale. On enregistre 13% d’adhérentes pour ce qui est des femmes en âge de procréer. Ce manque d’adhésion s’explique par le fait que beaucoup de maris partent à l’aventure. Et beaucoup de femmes restent de longues périodes sans leurs maris ; du coup, elles ne peuvent pas utiliser les méthodes contraceptives ». L’ICP préconise par ailleurs, pour résoudre ce problème, de mettre l’accent sur la sensibilisation à l’endroit des religieux, des chefs coutumiers et administratifs.

Pour le coordonnateur de la caravane de communication « 100 jours pour convaincre sur la planification familiale », Eric Doyé, chef du Service de l’éducation pour la santé à la Direction de promotion de l’éducation pour la santé, le bilan de cette campagne est satisfaisant, car les objectifs de la caravane ont été atteints. « Il y a eu une forte affluence de la population pour les quatre activités, notamment des activités de plaidoyer, l’animation grand public, la caravane de presse et les prestations gratuites d’offres de services de santé de reproduction et de la planification familiale », a-t-il souligné, avant de noter qu’en ce qui concerne l’animation grand public, plus de 17 000 personnes ont été touchées par les messages de sensibilisation sur les questions de la santé de la reproduction et planification familiale.

Pour les prestations d’offres gratuites de services, notamment le dépistage de lésion précancéreuse et des seins, le coordonnateur de la caravane a indiqué que 3 275 femmes ont pu être soumises à ces dépistages. Et 895 femmes ont aussi pu être dépistées sur le VIH/Sida, avec 480 nouvelles utilisatrices des méthodes contraceptives. Par ailleurs, M. Doyé a insisté sur la participation des hommes qui sont toujours réticents à l’utilisation des méthodes contraceptives par leurs femmes. Mais malgré ces réticences et les rumeurs, il a indiqué que l’espoir est permis pour l’atteinte des objectifs fixés.

Amandine KABORE

Publié le 18-07-2018 dans le faso