Religions et planification familiale, un bon ménage


L’espacement des naissances soutenu par les méthodes modernes de planification familiale (Pf) n’est pas en contradiction avec les prescriptions religieuses selon des leaders religieux qui expriment leur adhésion à la promotion, la vulgarisation desdites méthodes dont la prévalence au Bénin est encore faible.

« Ce que Dieu me donnera », « N’importe quel nombre » autrement dire, «Autant d’enfants que Dieu me donnera. » Ont répondu des Béninois, femmes et hommes compris, maris aux enquêteurs qui leur ont demandé «quel est selon eux le nombre idéal d’enfants à avoir ?». C’était dans le cadre de la dernière Enquête démographique de santé (EdsIV). Et voilà qui rime bien avec le maigre taux de prévalence contraceptive que cette enquête a affiché. Seulement 8% de l’ensemble des femmes en union au Bénin adoptent actuellement une méthode contraceptive. Et dans l’ensemble, le taux de prévalence contraceptive chez les femmes est de 14% dont 09% pour lesméthodes modernes et 05% pour les méthodes traditionnelles. Cette réponse fataliste associée au faible taux de prévalence contraceptive pourrait amener à croire que la planification familiale (Pf) ou le planning familial est en contradiction avec les prescriptions divines. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Une descente effectuée sur le terrain permet de constater que le christianisme comme l’islam reconnaissent les vertus de la planification familiale et que des leaders religieux ont désormais pris l’engagement d’en faire la promotion.

L’Islam pour La Pf

«Allah, Dieu rapporté par le prophète Mohamed, a ordonné aux musulmans qu’il faut -à compter de la  conception- au moins  30 mois pour l’espacement des naissances. 30 mois dont 08 à 09 mois pour la grossesse et le reste, 2ans environs, pour nourrir l’enfant au lait maternel, sa nourriture principale.» Déclaration, sans ambages, d’El-Hadj Boukari Malik Moutawakil, Imam de la mosquée centrale Médine2 d’ Abomey-Calavi sise au quartier Agori-Plateau, à propos de la position de l’Islam au sujet de la Pf. Et renchérit-il, le prophète a insisté que l’espacement des naissances favorise premièrement, la santé de  l’enfant et de la mère, ensuite la femme  garde sa beauté et une parfaite forme. Aussi, continue-t-il, «avoir des grossesses très rapprochées, c’est, selon le prophète ’’tuer l’enfant vivant’’ puisqu’on l’empêche ainsi d’être bien allaité et on le rend fragile ». A en croire l’imam de la mosquée centrale Médine2 d’Abomey-Calavi, il  faut que tous  musulmans sachent que l’Islam encourage la planification familiale.

Christianisme et animisme aussi

Les chrétiens aussi jugent utile la Pf. Selon Frédéric Sagbo, Prédicateur à l’Eglise évangélique de l’Assemblée des disciples de Christ (Adc) de Calavi, «Dieu n’a jamais dit de faire des enfants n’importe comment.» Et apprend-il, au cours d’une des grandes rencontres périodiques qui réunit de nombreux fidèles venus de partout, les pasteurs de sa congrégation ont insisté sur l’importance de l’espacement des naissances  à travers l’adoption des méthodes modernes de Pf par les couples. Pour lui, la femme, même si elle le voulait, ne peut pas concevoir autant  d’enfants que d’ovules qu’elle possède. Le discours est le même avec Dame Hounsi, adepte vaudoun et femme au foyer rencontrée dans le cadre de cette enquête. Selon elle, «Les temps ont changé. Et aucune religion ne dit d’avoir plus d’enfants qu’on ne peut supporter.»

Unité autour de la Pf

Toutes les religions s’accordent sur les vertus de la Pf.  Et pourtant la mayonnaise n’a pas encore  pris  au Bénin.  Pour cela il faut une unité autour de la promotion des méthodes modernes de Pf. Imorou, Hassan, Coordonnateur du projet « Leader religieux et planification familiale », à Abms/Psi, une des organisations engagées dans cette bataille au Bénin, apprend qu’ils peaufinent un projet qui impliquera  davantage les leaders  religieux à cet effet. Le projet, assure-t-il, passera à sa phase d’exécution  avant fin février 2014. Ce qui concorde avec lesinformations de l’Imam qui a aussi dit être engagé aux côtés d’une Ong pour travailler à la vulgarisation de  la Pf. Ceci sera une réponse prompte à l’Eds IV qui constate que durant  les mois ayant précédé l’enquête, plus de deux femmes sur cinq (soit 40 %) et près de la moitié des hommes (49 %) n’ont entendu aucun message, ni à la radio, ni à la télévision, ni vu ou lu de messages dans les journaux et magazines, sur la planification familiale.

Auteur: Olivier Ribouis