Plan international Burkina Faso : Les grossesses précoces au cœur de la Journée de la jeune fille


Plan International

Plan International Burkina Faso a célébré, le mercredi 11 octobre 2017 dans ses locaux, la Journée de la jeune fille. La cérémonie, présidée par la directrice de la région de Sahel, Dr Fatoumata Haïdara, s’est voulue sobre mais pleine de sens.

« Autonomisation de la jeune fille avant, pendant et après les crises ». C’est autour de ce thème qu’est célébrée à travers le monde, la Journée de la jeune fille. Plan International Burkina Faso a choisi de la contextualiser avec les réalités du pays. « Ce que nous voyons ici au Burkina Faso, c’est la question du mariage précoce et des grossesses précoces. Et dans le cas spécifique, il y a déjà des résultats qui montrent qu’entre 2012 et 2016, au moins 6401 cas de grossesses ont été enregistrés dans toutes les régions du pays parmi les filles scolarisées », a expliqué Dr Fatoumata Haïdara pour justifier le choix de la problématique des grossesses précoces à l’école pour la présente édition.

Une téléconférence animée par des filles entre Ouagadougou, Kaya et Gaoua dans des fonctions de ministres, gouverneur et de représentante résidente de Plan international a permis de toucher du doigt l’ampleur du phénomène dans les régions du Centre-Nord et du Sud-Ouest.

Une situation alarmante

Selon Mlle Astride Rose Dabiré dans le rôle de ministre de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la famille, les grossesses précoces sont effectivement un fléau dans la région du Sud-Ouest. Pour preuve, dit-elle, entre 2012 et 2016, dans les écoles, ce sont 1377 filles qui, au lieu de jouir pleinement de leur jeune âge se transforment en adultes responsables d’autres êtres humains. L’ampleur du phénomène est aussi préoccupante dans la région du centre-Nord, selon Mme le gouverneur Viviane Sawadogo. « Nous avons enregistré 108 grossesses dans les écoles primaires et secondaires, entre 2012 et 2016 », rapporte-t-elle.

Cette situation n’est pas sans conséquence sur la vie de ces jeunes adolescentes. « Elles perdent le sourire dès l’âge de 13, 14 ans, sont repliées sur elles-mêmes et fuient les regards et les railleries de leurs camarades et de leurs entourages », a indiqué « Mme le ministre » Astrid Dabiré (fonction d’emprunt dans la téléconférence). Avant de s’appesantir sur les causes profondes de ces grossesses précoces. « En discutant avec quelques filles, il m’est revenu que ces causes sont la curiosité sexuelle, l’abandon de l’éducation par les parents, la mauvaise compagnie, le manque d’informations sur la santé sexuelle et reproductive (…) », a-t-elle confié. « A l’école aussi, tous les enseignants n’ont pas encore assimilé les questions de droits de l’enfant. Parmi eux se trouvent des auteurs de grossesses précoces de leurs propres élèves. Les auteurs se trouvent aussi parmi les jeunes garçons », poursuit « Mme le ministre de l’éducation nationale », Zalika Djéni.

Des propositions…

A l’issue donc de l’entretien, des solutions pour mettre fin au phénomène ont été définies de commun accord avec toutes les trois autorités, à travers l’initiative de Plan international, « libérer le pouvoir des filles ». Au nombre de celles-ci figurent le recensement systématique des cas de grossesses précoces à l’école pour permettre d’avoir un tableau plus réel, l’apport de moyens adéquats pour faire prendre conscience aux enfants, filles comme garçons des dangers liés aux relations sexuelles. Elles ont également suggéré la révision des programmes, la disponibilité des centres d’écoutes pour les jeunes dans toutes les communes et la création d’une association des jeunes à la lutte contre les grossesses précoces. Enfin, les filles ont fortement recommandé que la répression soit plus ferme en cas d’abus perpétrés sur les mineurs.

Pour Dr Haïdara, le choix de ces régions (Centre-Est, Centre-Nord et Sud-Ouest) n’est pas fortuit : « Pour parler, il faut avoir des données. Nous avons des bureaux au niveau de ces zones, et nous avons des statistiques claires sur lesquelles nous pouvons discuter. Nous allons continuer parce que nous avons une étude qui va couvrir tout le Burkina Faso. Ceci permettra d’avoir des statistiques et à partir de ce moment nous pourrons les partager au niveau national ».
Dans sa nouvelle stratégie, Plan international Burkina Faso s’engage à travailler pour le bien-être des enfants en général et celui des jeunes filles de la naissance à l’âge adulte en particulier.

Aïssata Laure G. Sidibé

Paru le 12 octobre 2017 sur Lefaso.net

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