« Les limites du pouvoir des femmes et des filles à contrôler leur fécondité constituent un défi majeur » Safiétou Diop, vice-présidente de la CROSC/PF


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Pour Mme Safiétou Diop, vice-présidente de la Coalition régionale des organisations de la société civile sur la planification familiale (CROSC/PF), le projet de passage à l’échelle des expériences pilotes de l’auto-injection symbolise une véritable révolution dans la prise en charge autonome par les femmes de leur propre fécondité.

Que font les organisations de la société pour que l’accès à l’information et aux services de PF contribuent davantage à l’autonomisation des femmes dans les pays du PO ?

La contribution des organisations de la société civile à l’accès à l’information et aux services demeure une question cruciale pour l’atteinte des engagements de FP2020. A ce tire, de nombreux efforts ont été faits notamment l’enrôlement des jeunes par des formations continues en communication pour un changement de comportement, en présence digitale et utilisation des media sociaux pour la promotion de la PF et l’accès à l’information dans les 09 pays du partenariat de Ouagadougou avec l’alliance des jeunes ambassadeurs.

Par ailleurs, des objectifs de plaidoyer ont été portés par les OSC pour engager nos Etats en ce qui concerne les réformes et l’effectivité des lois SR dans les pays du PO.

De même, les OSC portent le lobbying et le dialogue politique pour l’enrôlement du secteur privé et les collectivités locales dans le financement innovant de la planification familiale pour mieux favoriser l’investissement et la création de demande.

Cependant, il reste des défis majeurs comme les limites du pouvoir des femmes et des filles à contrôler leur corps et leur fécondité. Les violences basées sur le genre  comme les mutilations génitales féminines, les mariages des enfants, les grossesses précoces et/ ou non désirées, etc. restent encore une réalité malgré les avancées notées sur le statut des femmes ces dernières années.

Mais l’espoir peut être permis avec le projet de passage à l’échelle des expériences pilotes de l’auto-injection dans certains pays comme le Sénégal (Sayana Press ; DMPA/SC ) qui symbolise une véritable révolution dans la prise en charge autonome par les femmes de leur propre fécondité.

Seul le Burkina Faso a atteint son objectif en 2016 d’enrôlement de femmes nouvelles utilisatrice de la contraception. Que font les coalitions pour que d’autres pays lui emboitent le pas ?

Nous saluons et encourageons cette synergie multisectorielle aboutissant à ce résultat au Burkina Faso entre la société civile, l’Etat et le secteur privé et autres parties prenantes. Nous invitons l’Unité de Coordination de Partenariat de Ouagadougou à faciliter le partage de l’expérience et des leçons apprises du Burkina Faso avec les autres pays afin de les aider à s’inspirer de ce modèle de réussite.

En outre, des pays comme le Sénégal ont eu à mettre en œuvre des stratégies de plaidoyer axées sur le «Budget tracking» pour le respect et l’effectivité des engagements du gouvernement au Sommet de Londres.

A ce niveau, des résultats concrets ont été enregistrés à savoir le doublement du budget des produits contraceptifs qui passe de 100.000.000 à 300.000.000 et de leur disponibilité dans toutes les localités du pays (programme « Jeguesinaa » et « Yeksinaa » de la Pharmacie Nationale d’ Approvisionnement).

Safiétou Diop, vice-présidente de la CROSC/PF

On note aussi une bonne collaboration entre la société civile et le gouvernement  du Sénégal qui vient de prendre la COSCPF/Sénégal comme partenaire technique et stratégique aussi bien dans le document officiel de mise en œuvre des engagements FP2020, que dans la plateforme nationale d’élaboration et de mise en œuvre et de suivi évaluation  de la Stratégie GFF au Sénégal

La CROSCPF doit inciter les coalitions nationales à développer des relations soutenues avec leur gouvernement, de s’impliquer dans l’élaboration des plans nationaux PF et de leur mise en œuvre afin de pouvoir contribuer de façon significative à la mobilisation de toutes les forces pour l’atteinte des résultats de PF2020. De façon concrète, les coalitions doivent participer au relèvement du taux de prévalence contraceptive dans les 9 pays du PO.

Le défi actuel de la CROSCPF est de disposer d’une stratégie et des outils de collecte pour organiser et standardiser sa contribution dans le relèvement des taux de prévalence contraceptive aux plans national et  régional.  (…)

Que font les OSC/PF pour qu’il y ait plus fonds alloués à la PF et leur utilisation adéquate dans les pays ?

Pour mobiliser les ressources domestiques et extérieures, nous avons besoin de développer une approche innovante et SMART, c’est en cela que les coalitions ont été renforcées en capacités sur l’approche de Plaidoyer AFP SMART qui constitue un moyen efficace de gains rapides en un temps record.

En 2016, après la session de capacitation, toutes les coalitions avaient défini des objectifs de plaidoyer et bon nombre d’entre elles s’étaient orientées sur le financement innovant avec le secteur privé et les collectivités locales pour équiper les espaces PF de certains centres PF dans nos pays respectifs. A ce titre, des pays comme le Sénégal ont su avoir un Protocole d’Accord avec des entreprises dans le secteur du Minier et des Télécommunications.

Nous pensons qu’il faut, pour la pérennisation des financements en PF, se focaliser surtout sur la mobilisation des ressources domestiques. Des niches de ce genre d’investissement doivent être promues et passées à l’échelle dans les 09 pays.

Il faut aussi souligner que d’autres coalitions parviennent à mobiliser des financements classiques comme amplifychange, opportunity fund, etc.

Propos recueillis par E.B.SOW