Jeunes et Santé sexuelle et reproductive: Entretien avec Ibrahim Innocent


Ibrahim Innocent

« Il faut le souligner, l’importance d’éduquer nos pairs sur leurs corps et sur son développement est d’une nécessité (…) si non, c’est la rue, les mauvaises fréquentations et la télévision qui joueront ce rôle pédagogique », indique Ibrahim Innocent

Rencontre avec un des jeunes actifs de la société civile dans la promotion du genre, mentorat des jeunes et la Santé reproductive des adolescents au Niger entre autres. Jeune leader, Ibrahim Innocent, est responsable exécutif de Convergence pour le Développement Durable (CODD), une association animée par des jeunes. Avec lui, nous avons échangé sur la santé des jeunes, particulièrement, la question de prise en compte des besoins des adolescents.

L’Indépendant : Bonjour Ibrahim Innocent, en tant que jeune actif dans la promotion de certaines thématiques. Comment abordiez-vous la question de la Santé sexuelle est reproductive des jeunes ?

Ibrahim Innocent : Evidemment, en tant que jeune et en tant que leader, j’ai participé et aussi organisé des activités de sensibilisations sur la santé reproductive et la planification familiale à l’endroit des adolescents et jeunes, tant en milieu urbain qu’en milieu rural. Il faut le souligner, l’importance d’éduquer nos pairs sur leurs corps et sur son développement, est d’une nécessité impérieuse, sinon, c’est la rue, les mauvaises fréquentations et la télévision qui joueront ce rôle pédagogique (à l’absence d’un encadrement). Par le passé, vous conviendrez avec moi, c’est la famille qui prépare l’adolescente ou le jeune garçon à la vie conjugale. Mais aujourd’hui, ces pratiquent ont tendance à disparaitre.

L’Indépendant : Quels sont les actions menées dans le cadre de la prise en charge des besoins et services à l’endroit des adolescents et jeunes en matière en matière de la SSR?

Ibrahim Innocent : Il faut s’en réjouir, au Niger depuis des années l’Etat et ses partenaires consentissent des efforts considérables pour la prise en charge des adolescents et jeunes, avec la mise à leur disposition, d’une gamme de service allant des conseils au référencement vers les centres de santé. Aussi, des produits contraceptifs sont offerts dans certains services de santé publics, mais aussi dans les privés en vue de satisfaire aux requêtes des personnes désireuses. Je tiens à souligner que conformément à la réglementation en vigueur, seule les personnes en situation de couple reçoivent les produits contraceptifs modernes. En ce qui concerne les adolescents et jeunes, c’est la même règle qui est observée, en dehors des préservatifs.

L’Indépendant : A votre avis, quels sont les principaux obstacles qui freinent l’accès des jeunes aux services et produits de la Planification familiale ?

Ibrahim Innocent : Les obstacles qui freinent sont multiples, et d’ailleurs, j’en ai cité un tout à l’heure ! Le 1er obstacle, ce sont les préjugés socioculturels qui font que, même au niveau nucléaire, l’idée de la contraception ou de la santé reproductive des adolescents et jeunes, est un véritable tabou. Personne n’attire notre attention sur les dangers des rapports non protégés, sur l’abstinence ou sur la conduite à tenir lorsque la puberté s’annonce ! Si cela est fait, c’est sous forme de parabole, le message est plein d’ésotérisme. Un autre obstacle, c’est la faible couverture en matière de technologie contraceptive ou d’offre de service en santé reproductive d’une part, et la non adaptation des centres en général en matière de prise en charge des jeunes. Ceci, pour dire que les jeunes évitent les services de santé par peur de rencontrer un adulte ou du fait que le prestataire de santé est réfractaire à lui offrir un service.

L’Indépendant : De part votre expérience et en tant que jeune champion. Quel appel pouvez-vous lancer aux acteurs concernés pour l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive ?

Ibrahim Innocent : Je profite pour appeler au redoublement des efforts tant par l’Etat que par ses partenaires techniques et financiers. Enfin, ce combat ne saurait réussir sans un débat franc et objectif de tous les acteurs, particulièrement sociaux afin que notre pays mesure les défis qui s’offrent à lui et dont il n’a d’autres choix que de relever.

Mamane Jaharou

L’Indépendant Plus-Niger