Les grossesses en milieu scolaire entravent la scolarisation des filles


femme enceinte

Dans tous les départements du Bénin, les grossesses en milieu scolaire sont encore monnaie courante. Environ 2763 cas de grossesse ont été enregistrés au cours de l’année académique 2016-2017 sur toute l’étendue du territoire national. Au nord du Bénin, plus précisément dans le département du Borgou, 400 cas ont été enregistrés. Cette situation constitue une entrave à la scolarisation de la plupart de ces filles.

« J’ai abandonné les classes parce que j’ai contracté une grossesse pendant les vacances ». C’est le témoignage de Kogui, une élève qui passait en classe de seconde dans un collège à Nikki dans le département du Borgou. Malheureusement, cette fille âgée de 15 ans n’a pu reprendre le chemin des classes pour le compte de l’année académique 2017-2018 à cause de sa grossesse. Comme Kogui, de nombreuses autres filles abandonnent les classes pour cause de grossesse. Selon Narcisse Lodou, professeur d’histoire et de géographie dans plusieurs collèges de la ville de Nikki, malgré les nombreuses séances de sensibilisation sur les méthodes contraceptives, certaines élèves sont sexuellement actives mais ne prennent aucune précaution pour prévenir les grossesses.
Ainsi, des milliers de cas de grossesses sont enregistrés tous les ans en milieu scolaire tant au niveau primaire que secondaire.
En milieu scolaire, la grossesse est dans la majorité des cas non désirée et surtout déterminante à une bonne scolarisation de l’adolescente. La fécondité des adolescentes apparaît comme un phénomène important au Bénin en raison de certains facteurs facilitant dont les pratiques coutumières, qui consistent à marier les femmes à très jeune âge surtout dans les milieux ruraux.

Des chiffres alarmants

Au cours de l’année académique 2016-2017, environ 2763 cas de grossesse ont été enregistrés sur toute l’étendue du territoire national, selon un rapport du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. D’après la même source, le département du Borgou a enregistré 400 cas et a occupé la 3ème place après les départements des Collines et du Zou qui respectivement ont enregistré 472 et 427 cas de grossesse. Cette situation persiste chaque année nonobstant les nombreuses campagnes de sensibilisation pour prévenir le mal.
Selon Mme Emilienne Edon Olaye, infirmière d’Etat et animatrice du centre socio éducatif de l’Association Béninoise pour la Promotion de la Famille (ABPF) à Parakou, plusieurs facteurs expliquent l’aggravation des grossesses en milieu scolaire dans le département. Elle évoque le mariage forcé des filles, la démission des parents vis-à-vis des enfants, le manque de suivi de la part des parents, la pauvreté parfois criarde des ménages, la quête du pain par les élèves, la mauvaise camaraderie, la facilité, la dépravation, l’analphabétisme, et bien d’autres pratiques incitant à la sexualité précoce (films pornographiques…).
Bérénice est une élève de 13 ans en classe de 5ème dans un collège de Parakou. Victime de grossesse précoce, elle ne démentira pas la spécialiste. Selon ses explications, la pauvreté est l’une des principales causes de grossesse précoce tant en milieu rural qu’urbain, regrette-t-elle. «Pire, ma maman m’encourageait à aller chez cet homme, surtout quand il n’y a rien» , ajoute-t-elle presque en larmes. La maman de l’adolescente reconnaît les faits. « Je ne savais pas que ma fille pouvait tomber enceinte de si tôt. Je croyais finir avec la pauvreté. Mais je réalise que je me suis enfoncée davantage», a expliqué en pleurant dame Ayélé, la mère de Reine. Elle était mon espoir, a-t-elle conclu.
Selon les résultats de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2011-2012), réalisée par le Ministère de la Santé, la sexualité est précoce au Bénin. D’après les statistiques, 13,12% des filles ont eu déjà des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans, contre 12,9% chez les garçons. De plus, 21% des 15-19 ans ont une vie féconde active au point où une grossesse sur cinq au Bénin est le fait d’une adolescente.

De lourdes conséquences

La précocité des rapports sexuels serait à la base des grossesses précoces et non désirées qui se soldent malheureusement par des avortements clandestins à risque ou la déscolarisation des filles. C’est le cas de feue Linda, une élève en classe de 4ème dans la commune de Nikki. Cette adolescente a trouvé la mort en voulant se débarrasser d’une grossesse qu’elle a contractée à l’âge de 14 ans selon les confidences de Dame Faousiath, la mère de la défunte.
Le Directeur des Programmes à l’Association Béninoise pour la Promotion de la Famille (ABPF), Dr Serge Kitihoun souligne que les grossesses précoces sont très dangereuses aussi bien pour la mère que pour l’enfant car chaque jour, 194 filles meurent des suites d’une grossesse précoce.
Selon les statistiques au plan national, ces grossesses représentent la première cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans, et la première cause de mortalité infantile. Toujours, selon les chiffres, 58 % des filles ne retournent jamais ou rarement à l’école après avoir eu un enfant. Cette situation entraîne la déperdition scolaire des filles, les maintient dans la pauvreté et compromet leur épanouissement ainsi que celui de leur progéniture, a étayé Dr Serge Kitihoun. Aussi, l’UNFPA dans un rapport publié en 2013 fait observer que lorsqu’une fille tombe enceinte ou met un enfant au monde, sa santé, son éducation, son revenu potentiel et tout son avenir peuvent être mis en cause et elle peut se trouver condamnée à une vie de pauvreté, d’exclusion et d’impuissance.
Or, la contraception aiderait à prévenir les grossesses en milieu scolaire. Dr serge Kitihoun exhorte les élèves filles déjà sexuellement actives à adopter la méthode contraceptive de leur choix en vue de poursuivre en toute tranquillité leurs études. A celles qui ne le sont encore, il préconise l’abstinence.
Aux garçons, le spécialiste recommande le préservatif.
Les organisations de la société civile sont aussi appelées à multiplier les séances de sensibilisation à l’endroit des jeunes pour les éduquer à la santé sexuelle et reproductive et aussi à les informer des moyens contraceptifs. Aussi, doivent- elles mener davantage des actions de sensibilisation auprès des parents et des autorités locales afin de les informer des conséquences du mariage forcé et précoce et des risques d’une grossesse précoce sur l’avenir des élèves et la santé des filles.
La jeunesse d’aujourd’hui est l’avenir de demain, a-t-il conclu.

Juliette MITONHOUN

Paru le 21 novembre 2017 sur www.24haubenin.info