Début d’acceptation de la Planification Familiale à Maka Colibantan : Les prémices d’une sensibilisation portée par « L’Ecole des maris »


homme

Des hommes font sauter les barrières socioculturelles à Maka Colibantan dans la région de Tambacounda, à plus de 450 km à l’Est de Dakar. Regroupés autour de « L’Ecole des Maris », ils mènent des campagnes de sensibilisation qui n’ont pas laissé indifférents d’autres hommes et des religieux. Conséquence : le taux de prévalence contraceptive qui était à moins de 1% est déjà passé à 7%.

Maka Colibantan porte le cliché des zones éloignées au Sénégal. Son enclavement et son éloignement ont favorisé le conservatisme. Les us et les coutumes ont encore tout leur poids. Il y a moins de 4 ans, la planification familiale était un sujet tabou. Echanger sur cette question n’était pas vu d’un bon œil. Conséquence : peu de femmes avait adopté l’espacement des naissances.

« Personne n’osait parler de la planification familiale, car elle était interprétée comme contraire à la religion. Il était fréquent de voir une femme tomber enceinte trois mois après son accouchement », a témoigné Fodé Kane, un des membres de «l’Ecole des maris».

La situation était alarmante. L’état de santé des femmes et des enfants se dégradait. Au regard de ces conséquences, les acteurs ont décidé alors d’ouvrir «l’Ecole des maris». C’est une nouvelle page qui s’ouvre dans cette contrée fermée sur elle-même. Désormais, les hommes modèles sont en premières lignes. Ils portent le plaidoyer pour sauver leurs femmes et leurs enfants.

« Nous organisons de façon régulière des causeries sur la planification familiale. Il y a aussi des visites à domicile. Nous allons sensibiliser les hommes sur la planification familiale. Aujourd’hui, à Maka Colibantan, les gens ont commencé à avoir une autre perception sur la planification familiale », a rapporté Fodé Kane, un membre actif de «l’Ecole des maris».

L’implication des hommes a fait tomber des barrières socioculturelles. Les femmes osent désormais aborder ce sujet tabou avec leur époux. Certaines bénéficient des services de la contraception. « Il y a un début prometteur d’acceptation de la planification familiale. Nous avons tenu plusieurs focus groupes avec des religieux et des imams », rapporte Fodé Kane.

L’impact de l’engagement des hommes est mesurable. La preuve, le taux de prévalence contraceptive qui était à moins de 1 % tourne maintenant autour de 6 à 7 %. C’est pour cela que les acteurs prêchent son extension à d’autres districts pour infléchir davantage la courbe de la mortalité maternelle et néonatale dans cette partie du Sénégal.

« Nous sommes dans une zone où il y a l’ancrage de la religion. Le taux de scolarisation est encore très faible. Donc, c’était difficile de faire accepter l’espacement des naissances. Grâce à «l’Ecole des maris», il y a un changement. Cette approche a eu des effets directs sur la baisse de la mortalité maternelle. C’est pourquoi nous recommandons sa réplication dans d’autres districts », a demandé Cheikh Abdou Seck, responsable de l’éducation et de l’information sanitaire à Maka Colibantan.

Idrissa SANE