Campagne nationale pour l’autonomisation des femmes : « comment peuvent-elles choisir si elles ne sont pas informées ?»


campagne autonomisation des femmes

Le Quotidien de Nouakchott – Depuis le 11 octobre, deux caravanes sillonnent des villes de l’intérieur de la Mauritanie dans le cadre de la campagne nationale de communication pour le changement sociale et de comportement.

Cette campagne, lancée à Kiffa le 11 octobre, fait partie des activités du projet régional d’autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel (Swedd) qui regroupe la Mauritanie, le Mali, la Cote d’Ivoire, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad.

Objectif de la campagne lancé le 11 octobre à Kiffa est « créer une demande pour les produits et services de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et nutritionnelle en favorisant le changement social, comportementale et l’autonomisation des femmes et des adolescentes. »

La caravane du 11 au 20 octobre, organisé par les ministères de l’Education nationale, des affaires sociales, de l’enfance et de la famille, de la jeunesse et des sports et du programme national de la santé de la reproduction, touchera les régions des deux Hodh, le Guidimagha et l’Assaba (zones d’intervention du projet).

Deux axes pour cette caravane : celui des deux Hodh avec les villes de Nema, Timbedra, Djigunei, Aioun, Tintane et Kobeni et celui de l’Assaba et du Guidimagha avec les villes de Kiffa, Barkeol, Guerrou, Kankossa, Selibaby, Ould Yenje et Gouraye.

Le lancement de la campagne nationale a eu lieu à Kiffa le 10 octobre en présence des partenaires, notamment le FNUAP et la Banque Mondiale. Le même jour une soirée culturelle animée par de jeunes adolescentes de cette ville et des artistes locaux a été organisée. Des centaines d’adolescents ont écouté chansons, sketchs et slogans sur le dividende démographique, l’autonomisation des femmes, la santé reproductive…

Pour Siham Babana, chargée de communication du projet Swedd, la scolarisation des filles est le facteur principal de leur autonomisation. « Si une fille n’est pas scolarisée, comment peut-elle choisir ? Si elles ne sont pas informées, elles ne peuvent pas choisir » explique-t-elle.

En Mauritanie, au fondamental, la scolarisation des filles est presque universelle. Au secondaire, leur nombre diminue fortement. Il se pose ainsi le problème du maintien de ces filles dans le système scolaire au-delà du primaire. Le projet Swedd, par la formation des enseignants, la révision des programmes, le parrainage par l’entremise de femmes modèles, les bus scolaires pour les adolescentes…entend aider les filles à continuer leurs études.

Autre obstacle à l’autonomisation des femmes, les problèmes de santé reproductive. Siham Babana, à ce propos, explique : « Pour que l’on puisse vraiment contrôler notre vie, il faut que l’on contrôle notre corps, que l’on puisse faire des choix. Et, pour faire de choix, il faut être informé. Seulement beaucoup de femmes ne savent pas qu’il y a des méthodes contraceptives. »

La prévalence de l’utilisation de méthodes contraceptives modernes chez les femmes en âge de procréer (10% en 2011) reste faible en Mauritanie. Tandia Yaghouba, Directeur régional des affaires sociales et sanitaires du Guidimagha a déclaré que dans cette région, les postes de santé sont passés de 28, en 2009, à une cinquantaine actuellement. Et dans ces postes, les méthodes contraceptives modernes sont disponibles, ajoute le médecin. La faiblesse de la prévalence « n’est donc pas due à la disponibilité des moyens de contraception mais aux blocages socioculturelles. »

Sur toutes ces questions, la caravane du 11 au 20 octobre multiplie sensibilisation auprès des adolescentes, des cercles d’influence…

Enjeux du dividende démographique en Mauritanie

En Mauritanie, « Selon le recensement général 2013 de la population et de l’habitat (RGPH), les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 60% de la population. Ce potentiel, ce dividende démographique, bien géré, est une chance. Mal géré, il peut représenter une bombe a retardement. Vu les chiffres du RGPH, il y a urgence. Le tiers (32%) des jeunes âgés de 15 à 35 ans est inactif et/ou exclu du système scolaire et, dans une situation à fort risque. Parmi les jeunes mauritaniens ayant fréquenté l’école moderne, 45,6% n’ont pas dépassé le primaire et 06% seulement ont atteint le supérieur. Les trois quart (74, 1%) des jeunes mauritaniens de 12-35 ans n’ont aucun diplôme, ni qualification professionnelle.»

La durée moyenne du chômage pour les chercheurs de premiers emplois est de 05 ans.

Paru sur Cridem.org le 15 octobre 2017