Banlieue de Dakar : Des tenantes d’activités génératrices de revenus vantent les bienfaits de la contraception


Femme avec son bébé

S’activant surtout dans l’informel pour subvenir aux besoins de leurs enfants, certaines femmes de la banlieue de Dakar sont obligées de recourir à la planification familiale pour mieux s’occuper de leurs activités.

C’est après son troisième enfant que Fatou Talla, 33 ans, a commencé à faire la planification familiale. Rencontrée au poste de santé « Sant Yalla » de Thiaroye-Tally Diallo, dans le district sanitaire de Pikine, en jean et body, sa perruque soigneusement nouée derrière laisse glisser sur le côté gauche une queue de cheval, symbole d’un certain raffinement. Enthousiaste, très posée, avec un sourire qui laisse apparaitre des dents toutes blanches, elle révèle que l’intervalle génésique entre son dernier enfant (6 mois), qu’elle tient dans ses bras, et son frère ainé est de 12 ans. Et pour cause : cette dame, qui s’est mariée à l’âge de 19 ans, a un emploi à temps partiel dans une entreprise de la place. En plus, Fatou Talla s’exerce dans le petit commerce.

Estimant que « les temps sont durs », alors qu’il faut s’occuper de la santé et de l’éducation de sa progéniture, elle a jugé, à un moment donné, quand on lui a explicité les bienfaits de la contraception, d’en faire recours. « Aujourd’hui, je ne regrette rien », lance-t-elle, soulignant ne voir que des « avantages » dans la pratique de la planification familiale. « Je n’ai jamais rencontré de problèmes après 11 ans de pratique. Dès que j’ai arrêté, je suis tombée enceinte immédiatement », confie-t-elle, insistant sans cesse sur les avantages économiques réels de la planification familiale sur sa famille dans sa globalité.

C’est pour cette raison d’ailleurs que Oumou Mballo Baldé, sage-femme dans ce poste de santé informe que « les femmes viennent faire la planification familiale de façon volontaire ». A son avis, c’est parce qu’elles ont de plus en plus conscience des aspects sanitaires, sociaux et surtout économiques qu’elles n’hésitent plus à venir demander une méthode contraceptive. Parmi les femmes fréquentant cette structure sanitaire où l’on offre, entre autres soins, des contraceptifs, Mme Baldé cite celles qui ont des Activités génératrices de revenus (Agr). Et dans ce lot, les Guinéennes des ethnies « soussou » ou « peulh » sont les plus nombreuses à s’inscrire.

Respect des rendez-vous

Très actives dans le commerce de produits de toutes sortes, « elles sont obligées de faire la planification familiale pour pouvoir vaquer correctement à leurs occupations », explique la sage-femme. Et dans la majorité des cas, « elles optent pour les méthodes de longue durée de planification familiale », renseigne Oumou Mballo, se félicitant du respect des rendez-vous. « Avec un bon counselling, toutes les femmes sous contraceptif reviennent pour le suivi. D’ailleurs, c’est parce que leurs activités marchent qu’elles sentent la nécessité d’assurer le suivi », ajoute-t-elle, soutenant que « les « Soussous » sont les plus déterminées » dans la demande. Poursuivant, Mme Mballo fait savoir que des adolescentes et des jeunes, mariées précocement, sont aussi des adeptes des méthodes de longue durée de planification familiale. Car certaines d’entre elles qui sont des élèves « veulent poursuivre leurs études le plus loin possible ». Exerçant aussi dans le petit commerce, Ngoné Diaba, 53 ans, 5 enfants, ne cesse de vanter les bienfaits de la planification familiale.

Un contrat en poche

Ayant opté pour une méthode de longue durée, elle soutient que cela lui permet de dérouler ses activités sans contrainte. Aussi a-t-elle la possibilité de s’occuper davantage de la benjamine de ses enfants âgée aujourd’hui de 12 ans. Sourire aux lèvres, elle avoue qu’elle n’a jamais eu à faire face à des effets secondaires.

Le même constat est fait par Fatou Binetou Diané, 33 ans, 4 enfants, qui est parvenue à décrocher un contrat dans une entreprise de la place. « J’ai longtemps collaboré avec cette société. Aujourd’hui, grâce à la planification familiale, je m’occupe mieux de ma personne, de mes enfants, bref, de toute ma famille », partage-t-elle, conseillant à toutes les femmes de recourir à la planification familiale.

Un appel bien entendu par Fatou Gaye, 32 ans, 2 enfants. Même si cette dernière est ménagère, elle témoigne que si elle était confrontée à des grossesses rapprochées, elle ne serait pas en mesure de s’occuper convenablement de ses enfants. « En plus, je n’ai qu’une chambre. Donc, si j’ai plus d’enfants où vais-je les mettre ? » s’interroge-t-elle. La dame précise également n’avoir jamais rencontré d’effets secondaires. Raison suffisante pour que Ngoné Diaba insiste à combattre les rumeurs qui, selon elle, émanent beaucoup plus de celles qui n’ont jamais eu recours à la planification familiale que des utilisatrices.

Astou Mbengue, « Badianou Gokh » : « Toutes les femmes qui ont une AGR sont sous méthode contraceptive »

Astou Mbengue, coordonnatrice des « Badianou Gokh » (marraine de quartier) du poste de santé « Sant Yalla », a bien voulu partager son expérience avec les femmes qu’elles côtoient au quotidien à Darou Laye, un des 13 quartiers que polarise ladite structure sanitaire sise à Thiaroye (banlieue de Dakar). D’après Mme Mbengue, « toutes les femmes qui ont une Activité génératrice de revenus (Agr) sont pratiquement sous méthode contraceptive ». Elle indique que cet engagement est consécutif à la situation de pauvreté qui les pousse à s’investir dans la gestion de la famille. « Elles s’occupent de la scolarité de leurs enfants et quasiment de toutes les dépenses nécessaires au fonctionnement correct de leur ménage », confie-t-elle, soulignant que ces dames se lèvent tôt le matin (vers 4H du matin), tous les jours, pour subvenir aux besoins de leurs familles respectives. « En rentrant au milieu de la journée, elles font le marché pour qu’on puisse préparer le déjeuner pour toute la famille », précise la Badianou Gokh.

L’artisanat, la transformation des céréales locales, le petit commerce sont le domaine de prédilection de ces femmes. « Si elles ne faisaient pas la planification familiale, elles ne seraient pas en mesure de s’occuper de leurs activités afin de pouvoir assurer les dépenses relatives à l’inscription de leurs enfants à l’école, à l’achat de fournitures, etc. », soutient Astou Mbengue.

Maïmouna GUEYE

Publié le 24-01-2018 dans Le Soleil